Citations

Apprendre à dire non quoi qu'il en coûte. [...] Il faut rester debout, il ne faut pas se coucher devant les gens ni coucher avec. [...] C'est essentiel dans le métier artisique.

Entendu sur France Inter ce matin (12.6.09), de Juliette Gréco.

Seulement dans le métier artistique ?
Affichage des articles dont le libellé est Souvenir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Souvenir. Afficher tous les articles

mardi 10 février 2009

Jean-Pascal

Jean-Pascal était fils de facteur du côté de Perpignan.

La Poste 2

La cinquantaine avancée, petit, rubicond, il avait "la voix qui porte" et le tempérament anxieux. Trois infarctus sur le dos, déjà, et la tendance à s'empourprer dans des attaques de colère épiques, suite auxquelles nous le calmions gentiment de peur qu'il ne rechute.

Il souffrait de ses origines humbles, à ses yeux, et de ses études relativement modestes. Intelligent, il pestait de voir de jeunes polytechniciens le devancer dans cette entreprise française qui n'est plus la mienne.

Jean-Pascal déversait des décennies de frustration sur ses subordonnés, dont je fus. Nous étions tantôt ses infirmiers attentifs, calmant ses anxiétés et l'écoutant dans des conversations téléphoniques interminables; tantôt ses souffre-douleurs, quand il voulait imposer sa supériorité qu'il sentait en danger. Sa rancune était pour la vie, le jour où par mégarde on le vexait.

Il avait gagné ses gallons en Afrique du Sud, où les Sudafs', comme il disait, l'avaient adopté malgré son sale caractère. Avec orgueil il se souvenait avoir géré de grands projets de déploiement, cinquante personnes l'écoutant religieusement lors des "briefing" hebdomadaires. Sans observer l'aprtheid, qui était encore en vigueur, il partait le soir faire de la musique dans un petit club noir. Dans ces temps tristes de racisme, on pouvait tout de même soritr seul le soir à Jo'burg sans se faire dépecer.

Il rentra d'Afrique du Sud pour ne pas perdre son épouse et ses enfants, qui ne le reconnaissaient plus. Et pour se soigner le coeur.

samedi 3 janvier 2009

dimanche 28 décembre 2008

Scories du passé

Foin

Horses

Campagne

Les hameaux de la commune de Teglio

dimanche 14 décembre 2008

Lucia

Lucia portait toujours le même jean propre.

Vélib

Qu'il pleuve ou qu'il vente, dans la Milan froide loin de son Molise natal, elle portait aussi le blouson étriqué de jean qui allait avec le pantalon. Elle n'était pas riche.

Lucia étudiait avec moi au Politecnico di Milano. Nous étions deux de cinq filles sur une classe de quatre cent garçons. Elle était sérieuse, silencieuse, modeste, toujours souriante de l'humour malicieux du Midi. "Mieux vaut vivant que mort" était son mantra avant les examens, pour vaincre le trac.

Avec sa soeur aînée elle occupait un studio de la banlieue triste de Milan. Je n'y ai jamais mis les pieds et j'ai mal répondu à ses besoins d'amitié.

Lucia a terminé sagement ses études et a longtemps travaillé dans l'informatique. Il y a quatre ans, elle a recommencé des études pour devenir... psy. Il y avait une détermination joyeuse à toujours apprendre, chez elle.

dimanche 30 novembre 2008

Laura

Laura nous attendait au café du Majestic après le dîner. 

Bar


Bar à l'aéroport de Heathrow

C'était une petite station balnéaire près de San Remo. Je demandais toujours un Oransoda, parfois un Lemonsoda. Laura aimait le bout de chou de six ans que j'étais.

Elle était petite, la vingtaine, et boîtait des conséquences d'une polio. Son frère Ferruccio l'aidait à la conduite de la minuscule pension familiale que leur père Ernesto, malade, avait achetée en fin de vie active. 

A côté de nous dînait toujours une famille nombreuse, bruyante, vulgaire. La mère hystérique se plaignait éternellement, un soir elle promena son bébé nu dans la salle à manger pour montrer qu'il avait les fesses irritées. Les cuisinier aurait mis du poison dans les aliments...

Restait le moment de paix après le dîner, les lumières basses dans la salle au sol gris, et mes papotages d'enfant au zinc d'un bar éclairé de néon vert et bleu.

vendredi 28 novembre 2008

Elena

Elena était la copine vers laquelle mon institutrice me poussait. Nous ne nous aimions peut-être pas beaucoup, ou alors pas spontanément, mais nous faisions comme si. Pour Elena, petite romaine arrivée au village des Alpes avec sa maman divorcée, les jours n'étaient pas faciles : Les mômes l'appelaient "la romaine" (ce n'était pas flatteur) et jasaient sur les amours de sa mère. Pour moi, enfant trop sage et un peu étrangère, c'était souvent la solitude, aussi.

Un jour, Elena me donna rendez-vous pour l'après-midi, près de la fontaine. J'y allai pleine d'espoir, il était rare qu'on me laisse sortir après l'école. Et j'attendis, j'attendis, j'attendis bien une heure... Aujourd'hui, j'appelle cela "se faire poser un lapin".

C'est un mélange de honte et de tristesse qui vous prend. Honte, parce que les passants vous voient de plus en plus dépitée, et qu'ils ont de la peine pour vous. Tristesse, parce qu'on a l'impression d'être moche puant et méchant, et que le poseur de lapins ne vous aime pas. La fontaine s'en souvient...

le lion

Morbegno

Cela m'est arrivé encore par la suite, vous en étonnerez-vous. Je ne me me suis pas sentie autrement.

mercredi 19 novembre 2008

Confitures et Noël

Il y avait un très grand cerisier dans le jardin de mon frère. 

cerisier 21
(l'arbre de la photo est à Royaumont)

C'était à Eppelheim, dans la banlieue résidentielle de Heidelberg, la maison de location avait un étage et tenait entre rue et pelouse. Au printemps, les propriétaires venaient pour la cueillette. Il y avait tellement de cerises qu'il fallait faire rapidement des kilos et des kilos de confiture.

C'était le temps où j'habitais Munich, et ni mon frère ni moi ne rentrions à la maison pour Noël. Nous nous retrouvions à Eppelheim dans le salon mal chauffé et faisions de capiteux repas de fêtes. Une fois, le saumon était si grand qu'il n'entrait pas dans le four. Ma belle soeur, sa mère, son petit bout de chou et moi avons mangé du poisson matin midi et soir pendant trois jours.

dimanche 9 novembre 2008

Renata


Renata avait sa place près de la mienne, au collège. Cela s'était fait par hasard et nous ne nous connaissions pas, mais une amitié discrète se noua au cours des mois. Elle était généreuse, grande gueule, rigolote. Réussissait bien. Faisait de la course à pied.

Nous avons pris des chemins différents et nous sommes perdues de vue.
Un jour, une voiture accrocha la Vespa de Renata et l'accident se solda par le coma, quelques mois, et une lente guérison de fractures crâniennes.

Two color

Quelques années plus tard, le frère aîné se suicida dans son école hôtelière : Féminin, délicat, il sacrifiait à l'intolérance campagnarde pour l'homosexualité.

Je me sens fautive quand, quelque fois, je croise Renata dans les rues du village. Nous nous saluons à peine. Elle tient dans sa main la menotte de son enfant, et ça me fait du bien.

mercredi 22 octobre 2008

Cécile

Cécile était religieuse et nous servait le repas au pensionnat de Milan.

Bread and butter

Nous étions étudiantes, incroyantes et affamées ces soirs noirs de la semaine. Les prix raisonnables des chambres nous retenaient dans ce nid pieux et froid.

Très belle femme, même quinquagénaire, elle portait une grande ceinture en cuir sur son habit de nonne. Cela faisait jaser, ainsi que la mèche qu'elle laissait dépasser - à peine - du voile.

Cécile avait passé l'essentiel de sa vie adulte à Alexandrie en Egypte. Elle nous racontait ses souvenirs dans les petites rues de la mégalopole, les visites aux pauvres, la conduite d'une petite voiture dans le trafic surhumain, les contacts avec les autres communautés et ethnies... Elle était partie là-bas sur les traces d'un frère aîné, mort avant sa naissance en odeur de sainteté.

Cécile était malheureuse parmi ses soeurs bornées qui n'avaient pas quitté le carré milanais. Je l'aimais bien, mes camarades la détestaient - Dieu sait pourquoi.

jeudi 9 octobre 2008

Racines

marrons

Inès et Federico habitaient deux étages plus haut que nous. J'ai parlé d'eux, déjà.

Un été, on donnait Racines sur la Deux italienne. Nous avions encore le poste noir et blanc je crois. Cela devait être le dimanche soir, les enfants étaient autorisés à se coucher à dix heures, après la fiction du soir.

Cet été, des orages avaient endommagé l'antenne du côté d'Inès et Federico, mais pas chez nous. Les bizarreries de l'orientation radio à la montagne. Ainsi, le vieux couple de conviction social démocrate ne pouvait plus voir Kunta Kinte et sa descendance. Nous les invitions chez nous et partagions ce moment dans la petite pièce pleine comme un oeuf. C'était la fête pour moi, déjà douchée, les dents propres, et en pyjama.

Je ne connaissais rien à l'histoire des Noirs, il n'y avait pas d'immigrés au village perdu dans les Alpes. Racines m'apprit tout cela. C'est du passé, aujourd'hui, même en Afrique du Sud - j'y vais de temps à autre - l'Apartheid n'existe plus. Mais la pauvreté des paysans africains chez nous, elle, elle est toujours là. Inès m'aurait dit que ce n'est pas bien. La télé, elle, n'y peut rien.

Dans mon séjour, aujourd'hui, le même tapis persan bleu que nous foulions en famille.

samedi 6 septembre 2008

Nike

C'est l'histoire de Victoria, ou Nike comme l'appelait sa mère à Athènes. Victoria était la première épouse de Balbo et la mère de Marilena. Petite, ronde, elle arborait deux grands yeux vert de mer sous sa petite tignasse noire comme la nuit. Elle avait gardé l'accent trente ans après s'être installée à Boston, puis à Buffalo, où elle pratiquait avec brio la psychiatrie. Une fois, un patient l'avait attaquée.

Je me souviens de sa petite maison dans un quartier populaire de Buffalo, en bois vert qui sentait le moisi. Une grosse femelle de Dobermann polluait le rez-de-chaussée de sa lourde haleine et de ses courses forcenées d'une pièce à l'autre lorsqu'une voiture passait dans la rue.

augusteperret4

Nike était restée proche de son ex-conjoint volage, elle en était la meilleure et peut-être la seule amie. Dans sa maison quatre fois plus petite et dix fois plus miteuse, elle continuait d'aider le riche Balbo perdu dans ses histoires de femmes.

mercredi 3 septembre 2008

Souvenirs d'enfance

lake2

lake3

lake

Non loin de mon village de naissance

dimanche 6 juillet 2008

Fabio et la mode

C'est l'histoire de Fabio. Fabio était un jeune brillant issu de la petite bourgeoisie trévisane. Ses études à l'université la Fenice de Venise l'avait amené à recevoir des prix et une embauche au sein de la Grande Boîte de Conseil de Milan. Seulement, voilà, Fabio tomba sur le mauvais projet, le Grand Patron se planta et la Mauvaise Réputation tomba à jamais sur le jeune.

Fabio ne se remit pas de cette mésaventure initiale, il dut se faire une raison, repartit en province et se tourna vers la petite entreprise textile.

magasin

Tout le monde vivait des fringues dans sa région. Avec sa fiancée - à laquelle il n'était pas toujours aussi fidèle qu'on le voudrait, mais elle était blonde, bonne camarade et fille de parents riches - Fabio lança sa propre petite entreprise de prêt à porter.

Selling clothes

Les années passèrent. Je retrouvai le nom de Fabio à nouveau dans la presse locale, sur le web que je lisais de ma résidence à l'étranger : "Fabio G., fondateur de le boîte 'Qualité et Production' à Trévise" - ou quelque chose dans ce genre. Sa fiancée s'était-elle lassée, l'avait-elle éloigné de la boîte financée par ses parents, avat-il dû se convertir...

J'ai souvent rencontré ces destins-là, faits de grandes aspirations muées au cours d'un chemin plusieurs fois cassé. Il n'est pas tant question de noble drame, ou alors très rarement, comme de petites déceptions répétées, de menus combats tout le temps recommencés pour refaire surface. A chaque fois une subtile blessure de son image, toujours un peu plus profonde et insidieuse, mais encore la renaissance, après, sans se résigner, avec un nouveau visage à la face du monde.

Soigneusement sapé, la cravate en soie assortie à la couleur de ses yeux, le costard gris de bonne facture, une nouvelle compagne à son bras et une nouvelle voiture clinquante au bout des doigts, j'imagine Fabio projeter l'apparence de son succès toujours remis à demain.

mercredi 2 juillet 2008

Père

C'est l'histoire de mon père. Mon père nous emmenait souvent à la montagne. Bon marcheur, ayant pratiqué l'escalade, il était toujours loin devant pendant que nous souffrions derrière. Une fois, gamine éreintée, je faillis écraser une vipère : Ma mère s'en aperçut, hurla fort terrorisée, et mon père revint sur ses pas tuer la bête à grands coups de bâton. Mais c'était l'exception, je ne voyais que son dos le plus souvent.

snow fantasy 3

Un jour - j'avais passé la trentaine - il m'emmena pour une petite balade. Nous n'étions que deux, il ralentit, me parla. Ses petits tracas, sa vie quotidienne. Une fois.

samedi 28 juin 2008

Petit matin

Rarement je profite de la beauté des premières lueurs.

paysdefrance3

Mes premiers levers de soleil furent lors de la procession des Croix, que mon village entreprenait collectivement tous les derniers dimanche de Mai. Curieusement, ce n'était pas vraiment une fête religieuse, autant que le souvenir civique d'un prêcheur de génie ayant visité le village au quatorzième siècle : Bernardino da Siena.

Vraie ou fausse visite, je ne sais, mais ce saint frère prêcheur trouve encore beaucoup de dévots dans les montagnes piémontaises, lombardes, et du Tessin. Il avait, paraît-il, un côté laïque et novateur pour son temps, donnant autant de guides pratiques sur la conduite des affaires que de preceptes moraux pour vivre une bonne vie. L'au-delà viendrait après. Il est frappant comme mon village et les communes avoisinantes s'enflammèrent pour la Réforme deux siècles plus tard, à l'instar du proche Tyrol, avant de se faire massacrer dans un épisode méconnu des Guerres de Religion.

Pour moi, la procession était avant tout le départ à quatre heures du matin de la place de l'église, dans le noir, pour trouver les premières traces de l'aurore rose à Sainte Marie de Ligone, un hameau en hauteur où la messe était dite dans la jolie petite église de la Contreréforme.

En arrivant, le "Don" disait ses litanies en latin dont je ne comprenais pas grand' chose, sauf vaguement cette invocation à la Stella Matutina qui, par magie, était prononcée au moment même où la belle et blanche Vénus accompagnait le Soleil au-dessus des reliefs alpins.

samedi 21 juin 2008

Prof Jones

C'est l'histoire de Laura. Laura était prof de Grec et Latin au Lycée provincial que je féquentais. Petite, menue, elle surlignait ses yeux en amande d'un trait bistre à la paupière inférieure : sur le fond-de-teint blanc de craie et sous le casque de cheveux noirs coupés courts, cela lui donnait un air exotique.

bouddha

Derrière son air rangé, cependant, des vacances d'été aventureuses à la Indiana Jones, d'où elle rapportait plein de diapos et, une fois, un mari.

Bonne pédagogue, en fait, elle nous apprit la rigueur des grammaires anciennes et la valeur du travail suivi, fouillé, de détail. Nous avions quatorze à quinze ans, c'était nouveau, l'enfance passait en arrière-plan.

Prof oubliée, c'est pourtant elle qui la première révéla ses dons à la môme gauche que j'étais et à mes proches incrédules.

lundi 16 juin 2008

Fililico

C'est l'histoire de Fililico. Fililico était beau, grand, brun. Il était deuxième en école primaire, j'étais première, et il m'en voulait.

Il faisait de très beaux dessins et voulait devenir architecte.

mademoiselle

Ses parents, cependant, le poussaient à des études d'ingénieur, dans mon propre cours. Je l'aidais ainsi en première et deuxième année et, à la mort de son père, je lui passais mes notes. Nous préparions quelques examens en binôme.

Ensuite, Fililico ne voulait plus me voir, il s'éclypsait. Il est quelque part là-bas en Italie maintenant, marié, des enfants, je ne sais plus, ni lui de moi.

lundi 9 juin 2008

Luis

C'est l'histoire de Luis. Luis était un collègue et est resté un ami. Installé à Paris depuis son Angola natal, en passant par la Nouvelle Zélande, le Suède et le Portugal, il menait une carrière sereinement isolée : Un passage malheureux chez la concurrence lui ayant coupé toute possibilité d'ascension - difficile de toute façon sans être français et politechnicien - il prenait son bonheur au jour le jour sur des projets intéressants. Généreux, il nous aura tous formés, dans son équipe, soit par ses grandes compétences techniques, soir par sa sagesse acquise.

Luis aimait par-dessus tout son épouse blonde du Nord. Avec elle, il partait en voiture pour de longues balades sur les côtes atlantiques.

labaie

Un souvenir de son pays, le lointain austral jamais revu, après la guerre, et le proche océan où son père devait mourir.

dimanche 8 juin 2008

Sebastiano

C'est l'histoire de Sebastiano. Sebastiano est l'époux d'une amie du village, Dora. Dans notre lycée provincial, il était bon élève, bon garçon, petit blond silencieux. Obstiné, il a conquis la belle brune plus grande, plus lourde, avec qui je partageais le bus matinal qui nous emmenait chaque jour à l'école.

Sebastiano est entré dans l'armée après son bac - sa "maturità classica", comme on l'appelle en Italie. Etudes d'officier ingénieur dans les fantassins. Il a épousé la mission militaire comme un service, un devoir tranquille qui l'a amené loin dans le monde sur des missions humanitaires. Il rêvait de faire l'Ecole de Guerre, à Paris. C'était l'aboutissement, me disait-il, pour un bon officier.

Ecole Militaire

S'il n'y est pas arrivé, il a quand-même avancé et rentre maintenant de deux ans en Afrique du Nord comme attaché militaire.

Sebastiano m'a réconciliée avec ce monde étranger et distant des soldats, que je rencontre encore de temps en temps dans mon travail. Le plus souvent des gens discrets, qui n'osent pas trop afficher leur état dans le monde civil.

vendredi 30 mai 2008

Margherita

C'est l'histoire de Margherita. Margherita était une de deux filles, les héritières du clan "des Colonels" - chaque famille portait un surnom dans la vallée. Les deux soeurs reçurent une éducation universitaire, du jamais vu dans les premières années après guerre, et Margherita devint pharmacienne pendant que l'aînée faisait ses lettres.

Le magasin de Margherita était le plus beau du village. Tout en bois, il sentait bon les bonbons Ziguli à l'orange que je me faisais régulièrement offrir.

Pharmacy

Je m'assayais sur le banc du fond, sous la fenêtre donnant sur la rue, pendant que ma mère achetait du coton hydrophile et de l'alcool.

Une fois, nous entrions sans rien acheter. A la sortie Margherita nous arrêta et fit payer 10,000 lires d'amende. "Les Colonels" étaient hommes et femmes d'affaires...