Citations

Apprendre à dire non quoi qu'il en coûte. [...] Il faut rester debout, il ne faut pas se coucher devant les gens ni coucher avec. [...] C'est essentiel dans le métier artisique.

Entendu sur France Inter ce matin (12.6.09), de Juliette Gréco.

Seulement dans le métier artistique ?
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dimanche 21 septembre 2008

Sélection du Louvre - 3


C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un bel homme. Très masculin, très "garçon", l'ombre d'une barbe de deux jours, la mèche à peine assez longue pour faire charmant désordre. Les modèles de nos lisses photos fashion l'envieraient, il pourrait percer à Holliwood.

L'esthétique romantique lui impose cependant un regard mélancolique et une expression de douleur savante, émergeant d'une très sobre redingote noire d'où dépasse à peine le col mou de la chemise blanche, serré, lui, dans une toute nouvelle cravate. Le jeunesse du teint rose, presque féminin, commence à être rattrapée par l'âge - l'homme approche la trentaine, nous sommes en 1835.

Ce qui me trouble est le regard ému des hommes entre eux qu'introduit, me semble-t-il, le Romantisme, après le foisonnement de traits féminins du dix-huitième décadent. Il y a un oeil sentimental, fasciné par le beauté de l'autre; la recherche de l'âme sous les traits physiques ne cache pas l'attrait même pour le corps. Femmes, nous nous sentons exclues de ce cercle qui existe pourtant...

Dans la réalité l'auteur du portrait, Eugène Delacroix, était le cousin germain de ce beau jeune homme du nom de Léon Riesener. Eugène rendait à Léon ce que le père de Léon lui avait donné, à lui : Protection fraternelle, au moment d'entrer dans le monde des Arts. Cette famille, proche des milieux Empire, se soutint solidaire au cours des régimes successifs au dix-neuvième siècle.

Riesener, dont on ne connaît pas beaucoup les oeuvres aujourd'hui - j'en trouve tout de même quelques-unes sur la base de données Joconde, conservées au Musée de Lisieux - fit ainsi une bonne carrière. Peintre de la nature, proche des Morisot, villégiateur à Houlgate, apprends-je, il est considéré un pré-impressionniste. Je trouve quelques belles phrases de lui sur Wikipédia, par exemple :
L'art doit toujours rester jeune, sauvage même. La science, la civilisation, la règle le tuent.

Il nous laisse aussi le premier daguerréotype du bon et tout aussi séduisant cousin Eugène. Mais attention, en photo... le cheveux est gras :)

Le site du Louvre est ici.

dimanche 17 août 2008

Sélection du Louvre - 2


Madame Molé-Reymond. Portrait d'Elisabeth Vigée Le Brun, au Louvre.

Vigée Le Brun ne m'était qu'un vague souvenir d'école, quelque part entre Marie Antoinette et l'Ancien Régime. C'est au Louvre que la rencontre s'est faite avec ses portraits fins et vifs et l'envie est venue de plus en savoir.

Sa vie romanesque est étonnante, très loin de ce qu'on s'imagine d'un roturière rangée au dix-huitième siècle. C'est l'histoire d'une enfant surdouée qui dessine partout et tout le temps, qui par son art se hisse dans les milieux exclusifs des cercles parisiens et qui se lie de vraie amitiés avec ces nobles dames et messieurs. A la Révolution, elle s'en va et continue de gagner sa vie de ses pinceaux à l'étranger. C'est encore le destin d'une très belle femme déçue de son mari coureur et qui s'enfuie avec sa fille, la prunelle de ses yeux. Ses mémoires ne sont hélas plus disponibles sur Amazon.

C'est ce portrait de comédienne légère qui s'est imposé, entouré de toiles plus ternes d'autres auteurs.

La femme galante pose comme on joue sur scène, elle a le mouvement d'un pas de danse qui l'emporterait vers la gauche du cadre. Nous avons revu des portraits mouvants chez Avedon, ce siècle-ci - et cette année au Jeu de Paume. L'espièglerie de la dame est ornée d'une tenue simple et droite, qui tient des bergères des dernières années de l'Ancien Régime; mais cette bergère est enrobée de toiles fines de bleu et de mauve, les mains serrées dans une luxueuse et vaporeuse fourrure. Des rubans volettent tout autour.

Les nuances pastel sur le fond gris, de bon ton en ces temps raffinés, ont une extraordinaire légèreté et relèvent le visage rose et enjoué de la séductrice. Celle-ci a le sourire faussement ingénu d'une dame qui en sait long; elle devait être ravie de poser devant la star du portrait et donne l'impression de s'amuser, entre femmes.

C'est la liberté qu'elle dégage qui m'étonne, et qui résonne avec ce que la peintre écrira plus tard, après la révolution, l'émigration, et Napoléon : Dans l'Ancien Régime, les femmes étaient reines.


samedi 26 juillet 2008

Sélection du Louvre - 1



Le portrait de François Ier, de Jean Clouet (1530). Cliquez ici.

Cette image du Prince de la Renaissance, on l'a tellement vue, qu'on oublie de la regarder. Mais n'est-ce pas ce que Jean Clouet, son auteur, voulait ? Son oeuvre est encore une icône sacrée, convenue, où le héros a remplacé le saint : parfaitement statique, figé dans sa pose puissante d'empereur romain, l'homme se laisse porter par ses habits somptueux contre le richissime fond pourpre qui remplace l'or des images gothiques.

Ce qui me frappe ? Ces énormes manches bouffantes qui font de gros bras au Prince. Si c'est une concession à la mode farfelue des nouveaux riches italiens de son temps (comment ont-ils pu concevoir des tenues pareilles) que François adopte, c'est aussi un rappel à la force physique de l'homme qu'on dit grand et vigoureux. Les mains, derrière leur fine élégance, sont énormes et serrent la poignée d'une arme. Y avait-il vanité physique à exhiber ainsi le grand buste animant les bras puissants sous les habits de la richesse, ou était-ce le désir de montrer son pouvoir. Tout cela déborde du cadre.

Ce Roi est imposant, Clouet ne devait pas se permettre de familiarités.

Dans tout ce décor le visage tient sa place, hautain, sur un cou de taureau où la lumière insiste. Le nez est très long, on le sait, et les yeux sont petits et bridés, ceux qu'on donne aux malins, ou peut-être, à l'époque, aux têtes nobles. La touche féminine et juvénile de la toque plumée me semble décalée, amusante.

Un boxeur à l'élégance d'une dame.

Le Louvre et son site ici.