Citations

Apprendre à dire non quoi qu'il en coûte. [...] Il faut rester debout, il ne faut pas se coucher devant les gens ni coucher avec. [...] C'est essentiel dans le métier artisique.

Entendu sur France Inter ce matin (12.6.09), de Juliette Gréco.

Seulement dans le métier artistique ?
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lundi 29 décembre 2008

dimanche 28 décembre 2008

Scories du passé

Foin

Horses

Campagne

Les hameaux de la commune de Teglio

vendredi 28 novembre 2008

Elena

Elena était la copine vers laquelle mon institutrice me poussait. Nous ne nous aimions peut-être pas beaucoup, ou alors pas spontanément, mais nous faisions comme si. Pour Elena, petite romaine arrivée au village des Alpes avec sa maman divorcée, les jours n'étaient pas faciles : Les mômes l'appelaient "la romaine" (ce n'était pas flatteur) et jasaient sur les amours de sa mère. Pour moi, enfant trop sage et un peu étrangère, c'était souvent la solitude, aussi.

Un jour, Elena me donna rendez-vous pour l'après-midi, près de la fontaine. J'y allai pleine d'espoir, il était rare qu'on me laisse sortir après l'école. Et j'attendis, j'attendis, j'attendis bien une heure... Aujourd'hui, j'appelle cela "se faire poser un lapin".

C'est un mélange de honte et de tristesse qui vous prend. Honte, parce que les passants vous voient de plus en plus dépitée, et qu'ils ont de la peine pour vous. Tristesse, parce qu'on a l'impression d'être moche puant et méchant, et que le poseur de lapins ne vous aime pas. La fontaine s'en souvient...

le lion

Morbegno

Cela m'est arrivé encore par la suite, vous en étonnerez-vous. Je ne me me suis pas sentie autrement.

dimanche 9 novembre 2008

Renata


Renata avait sa place près de la mienne, au collège. Cela s'était fait par hasard et nous ne nous connaissions pas, mais une amitié discrète se noua au cours des mois. Elle était généreuse, grande gueule, rigolote. Réussissait bien. Faisait de la course à pied.

Nous avons pris des chemins différents et nous sommes perdues de vue.
Un jour, une voiture accrocha la Vespa de Renata et l'accident se solda par le coma, quelques mois, et une lente guérison de fractures crâniennes.

Two color

Quelques années plus tard, le frère aîné se suicida dans son école hôtelière : Féminin, délicat, il sacrifiait à l'intolérance campagnarde pour l'homosexualité.

Je me sens fautive quand, quelque fois, je croise Renata dans les rues du village. Nous nous saluons à peine. Elle tient dans sa main la menotte de son enfant, et ça me fait du bien.

jeudi 9 octobre 2008

Racines

marrons

Inès et Federico habitaient deux étages plus haut que nous. J'ai parlé d'eux, déjà.

Un été, on donnait Racines sur la Deux italienne. Nous avions encore le poste noir et blanc je crois. Cela devait être le dimanche soir, les enfants étaient autorisés à se coucher à dix heures, après la fiction du soir.

Cet été, des orages avaient endommagé l'antenne du côté d'Inès et Federico, mais pas chez nous. Les bizarreries de l'orientation radio à la montagne. Ainsi, le vieux couple de conviction social démocrate ne pouvait plus voir Kunta Kinte et sa descendance. Nous les invitions chez nous et partagions ce moment dans la petite pièce pleine comme un oeuf. C'était la fête pour moi, déjà douchée, les dents propres, et en pyjama.

Je ne connaissais rien à l'histoire des Noirs, il n'y avait pas d'immigrés au village perdu dans les Alpes. Racines m'apprit tout cela. C'est du passé, aujourd'hui, même en Afrique du Sud - j'y vais de temps à autre - l'Apartheid n'existe plus. Mais la pauvreté des paysans africains chez nous, elle, elle est toujours là. Inès m'aurait dit que ce n'est pas bien. La télé, elle, n'y peut rien.

Dans mon séjour, aujourd'hui, le même tapis persan bleu que nous foulions en famille.

mercredi 2 juillet 2008

Père

C'est l'histoire de mon père. Mon père nous emmenait souvent à la montagne. Bon marcheur, ayant pratiqué l'escalade, il était toujours loin devant pendant que nous souffrions derrière. Une fois, gamine éreintée, je faillis écraser une vipère : Ma mère s'en aperçut, hurla fort terrorisée, et mon père revint sur ses pas tuer la bête à grands coups de bâton. Mais c'était l'exception, je ne voyais que son dos le plus souvent.

snow fantasy 3

Un jour - j'avais passé la trentaine - il m'emmena pour une petite balade. Nous n'étions que deux, il ralentit, me parla. Ses petits tracas, sa vie quotidienne. Une fois.

samedi 28 juin 2008

Petit matin

Rarement je profite de la beauté des premières lueurs.

paysdefrance3

Mes premiers levers de soleil furent lors de la procession des Croix, que mon village entreprenait collectivement tous les derniers dimanche de Mai. Curieusement, ce n'était pas vraiment une fête religieuse, autant que le souvenir civique d'un prêcheur de génie ayant visité le village au quatorzième siècle : Bernardino da Siena.

Vraie ou fausse visite, je ne sais, mais ce saint frère prêcheur trouve encore beaucoup de dévots dans les montagnes piémontaises, lombardes, et du Tessin. Il avait, paraît-il, un côté laïque et novateur pour son temps, donnant autant de guides pratiques sur la conduite des affaires que de preceptes moraux pour vivre une bonne vie. L'au-delà viendrait après. Il est frappant comme mon village et les communes avoisinantes s'enflammèrent pour la Réforme deux siècles plus tard, à l'instar du proche Tyrol, avant de se faire massacrer dans un épisode méconnu des Guerres de Religion.

Pour moi, la procession était avant tout le départ à quatre heures du matin de la place de l'église, dans le noir, pour trouver les premières traces de l'aurore rose à Sainte Marie de Ligone, un hameau en hauteur où la messe était dite dans la jolie petite église de la Contreréforme.

En arrivant, le "Don" disait ses litanies en latin dont je ne comprenais pas grand' chose, sauf vaguement cette invocation à la Stella Matutina qui, par magie, était prononcée au moment même où la belle et blanche Vénus accompagnait le Soleil au-dessus des reliefs alpins.

lundi 16 juin 2008

Fililico

C'est l'histoire de Fililico. Fililico était beau, grand, brun. Il était deuxième en école primaire, j'étais première, et il m'en voulait.

Il faisait de très beaux dessins et voulait devenir architecte.

mademoiselle

Ses parents, cependant, le poussaient à des études d'ingénieur, dans mon propre cours. Je l'aidais ainsi en première et deuxième année et, à la mort de son père, je lui passais mes notes. Nous préparions quelques examens en binôme.

Ensuite, Fililico ne voulait plus me voir, il s'éclypsait. Il est quelque part là-bas en Italie maintenant, marié, des enfants, je ne sais plus, ni lui de moi.

dimanche 8 juin 2008

Sebastiano

C'est l'histoire de Sebastiano. Sebastiano est l'époux d'une amie du village, Dora. Dans notre lycée provincial, il était bon élève, bon garçon, petit blond silencieux. Obstiné, il a conquis la belle brune plus grande, plus lourde, avec qui je partageais le bus matinal qui nous emmenait chaque jour à l'école.

Sebastiano est entré dans l'armée après son bac - sa "maturità classica", comme on l'appelle en Italie. Etudes d'officier ingénieur dans les fantassins. Il a épousé la mission militaire comme un service, un devoir tranquille qui l'a amené loin dans le monde sur des missions humanitaires. Il rêvait de faire l'Ecole de Guerre, à Paris. C'était l'aboutissement, me disait-il, pour un bon officier.

Ecole Militaire

S'il n'y est pas arrivé, il a quand-même avancé et rentre maintenant de deux ans en Afrique du Nord comme attaché militaire.

Sebastiano m'a réconciliée avec ce monde étranger et distant des soldats, que je rencontre encore de temps en temps dans mon travail. Le plus souvent des gens discrets, qui n'osent pas trop afficher leur état dans le monde civil.

vendredi 30 mai 2008

Margherita

C'est l'histoire de Margherita. Margherita était une de deux filles, les héritières du clan "des Colonels" - chaque famille portait un surnom dans la vallée. Les deux soeurs reçurent une éducation universitaire, du jamais vu dans les premières années après guerre, et Margherita devint pharmacienne pendant que l'aînée faisait ses lettres.

Le magasin de Margherita était le plus beau du village. Tout en bois, il sentait bon les bonbons Ziguli à l'orange que je me faisais régulièrement offrir.

Pharmacy

Je m'assayais sur le banc du fond, sous la fenêtre donnant sur la rue, pendant que ma mère achetait du coton hydrophile et de l'alcool.

Une fois, nous entrions sans rien acheter. A la sortie Margherita nous arrêta et fit payer 10,000 lires d'amende. "Les Colonels" étaient hommes et femmes d'affaires...

dimanche 18 mai 2008

Les voisines qu'on ne souhaite pas

C'est Piera, je ne la voyais qu'au petit commerce d'en bas, pour acheter le lait et le pain.

shop closure

Hâve, le teint gris, la tignasse teinte en pourpre, elle vivait de ses charmes dans mon immeuble. Ses quatre enfants, puis trois, lorsqu'un accident de route emporta le cadet, étaient à l'école avec moi. Son mari contrebandier, qui l'avait épousée jeune adolescente, était mort dans un crash de camion, la nuit.

Piera faisait tache dans le voisinage bienséant du village. Un mélange de compassion et de dégoût faisait que tout le monde aidait un peu la famille, mais aussi que chacun se protégeait et se tenait à l'écart. Mille fois ma mère maudissait ce trafic de clients louches qui lui faisaient peur, pour ses propres enfants, mais quand même elle montait parfois avec un gros panier de bonnes choses en cadeau. C'était leur Noël. Ainsi des motions pour faire déménager Piera se heurtèrent toujours au sentiment de pitié pour les gamins.

C'est ce voisinage inquiétant qui m'a imposé une discipline extrême dans mes sorties, et qui a fermé à double tour la porte de mon appartement d'enfant face aux camarades de classe. Ce n'était pas sans raison, puisque les garçons de Piera ont mal tourné, qu'ils ont fait de la prison et sont devenus violents. La fille aurait été agressée chez elle encore enfant, avant d'être éloignée auprès d'une tante à Milan.

Il m'en reste un grumeau de peur aux tripes, qui remonte parfois, au tournant d'un palier, dans la rue, ou dans des cauchemars de mort. Très vite, la conscience que tout homme peut être un danger.

J'entends dire qu'au moins un des fils s'en est sorti, aujourd'hui. Il serait dans la compétition automobile. Je m'en réjouis.

vendredi 2 mai 2008

BAZAR au village

C'était une quincaillerie de village comme il y en a tant, mais son propriétaire Bernardo l'avait baptisée BAZAR. Aux teintes brunes de ma petite enfance - je me souviens y avoir fait acheter une petite canne de marche à la poignée couleur cuivre - une devanture verte suivit dans les années quatre-vingt. Le nom BAZAR y était écrit en grandes lettres bleues après un énorme B rouge. B, comme Bernardo, petit homme rond, chauve, éternellement coiffé d'un Borsalino en feutre calé bien en arrière sur la tête.

Bazar 1

Bernardo avait deux enfants, dont Ferruccio, la première trompette de l'harmonie municipale. Ferruccio prit la succession de Bernardo au magasin et en fit une grande quincaillerie moderne. J'ose à peine y entrer à présent, les portes automatiques glissent en s'ouvrant sur moi et un énorme comptoir en zinc m'intimide à l'entrée.

Bazar 2

J'ai retrouvé à Istanbul le petit commerce dans le vrai BAZAAR. Avec deux A, l'original. Des tas de petits Bernardo attendent aux aguets devant la porte de leur bijouterie ou de leur friperie, aimables sans trop insister, sur un sol lisse et impeccable. Les portes sont ouvertes en permanence, pas besoin d'automatismes ou de clim'. Les propriétaires s'assoient devant la vitrine sur un petit tabouret et parlent à leurs voisins et aux chalands.

Bazar 3

Bazar 4

L' a-t-il jamais visité, le BAZAAR, Bernardo ?

samedi 12 avril 2008

Alberta

C'est l'histoire d'Alberta. C'était une amie de ma petite enfance : La fille de Marilena, qui aidait maman dans les tâches ménagères. Alberta avait trois ou quatre ans plus que moi et me semblait extraordinaire d'espièglerie et de gentillesse. Le meilleur était d'aller dormir chez elle quelquefois, parterre sur des coussins étalés sur le tapis paysan de couleur, dans ce séjour où elle-même occupait le canapé vert. La cuisine n'était séparée que par une baie grande ouverte, et c'est là que nous prenions nos repas au coca cola, pour les petits, et au vin coupé d'eau, pour les grands. Alberta avait un chien, Blacky, dans sa baraque à lapins aux pieds de l'escalier.

parcthabor

Un été nous sommes allés à la mer ensemble avec leurs voisins. C'était un camping sur la côte adriatique, nous ramassions des coquillages. Je ne sais plus ce qu'il est d'Alberta; les échos de la mort de son père masson, qui avait bâti le gratteciel Pirelli, ou encore d'une mauvaise opération aux genoux, il y a dix ou quinze ans, voilà tout.

mercredi 26 mars 2008

Don

C'est l'histoire de Don Renato. Renato était né dans la petite ville de frontière, 10,000 habitants entre Italie et Suisse, où j'ai aussi vu le jour. Après sa jeunesse de prêtre résistant dans le maquis des montagnes, aventureuse, mais encore sceptique, il passa sa vie en curé de campagne conservateur et démocrate chrétien. Sa bonne famille bourgeoise en avait ainsi décidé. Don Renato était bel homme, les cheveux teints de noir de nuit jusqu'à sa mort tardive. Je le vois toujours dans son appartement cossu aux murs en bois, parmi des meubles d'église en noyer brun tendus de velours rouge.

Roche Guyon 23

Il avait, accrochée au mur du séjour, une superbe croix en or du seizième siècle appartenant au trésor du village. Don Renato essaya à plusieurs reprises d'amener ma mère républicaine et laïque au sacrement de la confession. Jamais, jamais de la vie ne l'aura-t-elle satisfait.

dimanche 2 mars 2008

Azio

C'est l'histoire de Azio. Azio avait des pommiers au fond de la vallée et nous l'aidions à la cueillette, l'automne venu. Souvenir du parfum des pommes jaunes, williams, et quelques rouges, golden, dans l'entrepôt de sa belle maison de campagne. Maison aux grandes pièces vides et aux murs épais, ancienne demeure de hobereau, quelques fresques faisant surface derrière l'enduis blanc au détour d'un couloir.

old bus

Azio avait aussi un emploi à la ville, il était chauffeur d'autocar. Son autocar bleu, rond, faisait chaque jour quatre aller-retours du haut du village au fond de la vallée. Il me fit monter un jour, le temps de rentrer de la place de l'église à ma maison : Fière, devant, sur le fauteuil en similicuir près du chauffeur.

mardi 23 octobre 2007

Villages

Village 2

Gallardon

Pontigny

Pontigny

Once upon a time in Barbizon

Barbizon

jeudi 4 octobre 2007

Benita

C'est l'histoire de Benita. Benita était née dans un village proche du chef-lieu de préfecture et avait fait de brillantes études à l'école provinciale d'institeur. Mariée à un paysan d'un autre village, sur la côte, au-dessus de la limite de production des vins, elle exerça sa profession aussi loin que sa santé le lui laissa faire. C'était mon institutrice.
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Son prénom dénonce sa date de naissance, dans les années vingt, du temps de "Lui", le Duce, Mussolini. Elle nous répétait, quand nous faisions des exercices : "Moi, petite, je restais des heures immobile sous le soleil, lors des fêtes fascistes...". Elle-même de gauche, elle éleva son fils unique avec beaucoup d'amour et en fit un consultant en management. Elle aurait préféré un expert fiscal, qu'il ne parte pas à Milan, ne marie pas une intellectuelle, et qu'il gagne beauoup d'argent. Benita souffrait de graves dépressions chroniques, qui l'éloignaient pendant des mois de l'école. J'aurai fait toute ma deuxième année d'école primaire sans la voir. Il y a dix ans, victime d'Alzheimer, elle a troqué la déprime pour la démence sénile. Elle est morte, cette année, près de l'assistante polonaise qui a accompagné ses derniers jours.

vendredi 1 juin 2007

Ines et Federico

C'est l'histoire d'Ines et Federico Bocchio, qui s'étaient acheté un appartement au village. De leur fenêtre, le soir, on jouissait du coucher de soleil à peine effacé par la tour et la pinède.

Coucher de Soleil sur la Défense

Ines et Federico y passaient leurs étés, et parfois les fins de semaine. Federico décida un jour de faire son potager, en bas de l'immeuble, malgré son genoux ankylosé. Ils sont morts depuis. Leur fille Isabelle a vendu l'appartement et elle m'a fait cadeau du coussin vert et orange qu'Ines avait elle même tissé. Je m'y appuie, le soir.