dimanche 26 avril 2009
samedi 7 mars 2009
mardi 10 février 2009
Jean-Pascal
Jean-Pascal était fils de facteur du côté de Perpignan.
La cinquantaine avancée, petit, rubicond, il avait "la voix qui porte" et le tempérament anxieux. Trois infarctus sur le dos, déjà, et la tendance à s'empourprer dans des attaques de colère épiques, suite auxquelles nous le calmions gentiment de peur qu'il ne rechute.
Il souffrait de ses origines humbles, à ses yeux, et de ses études relativement modestes. Intelligent, il pestait de voir de jeunes polytechniciens le devancer dans cette entreprise française qui n'est plus la mienne.
Jean-Pascal déversait des décennies de frustration sur ses subordonnés, dont je fus. Nous étions tantôt ses infirmiers attentifs, calmant ses anxiétés et l'écoutant dans des conversations téléphoniques interminables; tantôt ses souffre-douleurs, quand il voulait imposer sa supériorité qu'il sentait en danger. Sa rancune était pour la vie, le jour où par mégarde on le vexait.
Il avait gagné ses gallons en Afrique du Sud, où les Sudafs', comme il disait, l'avaient adopté malgré son sale caractère. Avec orgueil il se souvenait avoir géré de grands projets de déploiement, cinquante personnes l'écoutant religieusement lors des "briefing" hebdomadaires. Sans observer l'aprtheid, qui était encore en vigueur, il partait le soir faire de la musique dans un petit club noir. Dans ces temps tristes de racisme, on pouvait tout de même soritr seul le soir à Jo'burg sans se faire dépecer.
Il rentra d'Afrique du Sud pour ne pas perdre son épouse et ses enfants, qui ne le reconnaissaient plus. Et pour se soigner le coeur.
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JC-Milan
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dimanche 6 juillet 2008
Fabio et la mode
C'est l'histoire de Fabio. Fabio était un jeune brillant issu de la petite bourgeoisie trévisane. Ses études à l'université la Fenice de Venise l'avait amené à recevoir des prix et une embauche au sein de la Grande Boîte de Conseil de Milan. Seulement, voilà, Fabio tomba sur le mauvais projet, le Grand Patron se planta et la Mauvaise Réputation tomba à jamais sur le jeune.
Fabio ne se remit pas de cette mésaventure initiale, il dut se faire une raison, repartit en province et se tourna vers la petite entreprise textile.
Tout le monde vivait des fringues dans sa région. Avec sa fiancée - à laquelle il n'était pas toujours aussi fidèle qu'on le voudrait, mais elle était blonde, bonne camarade et fille de parents riches - Fabio lança sa propre petite entreprise de prêt à porter.
Les années passèrent. Je retrouvai le nom de Fabio à nouveau dans la presse locale, sur le web que je lisais de ma résidence à l'étranger : "Fabio G., fondateur de le boîte 'Qualité et Production' à Trévise" - ou quelque chose dans ce genre. Sa fiancée s'était-elle lassée, l'avait-elle éloigné de la boîte financée par ses parents, avat-il dû se convertir...
J'ai souvent rencontré ces destins-là, faits de grandes aspirations muées au cours d'un chemin plusieurs fois cassé. Il n'est pas tant question de noble drame, ou alors très rarement, comme de petites déceptions répétées, de menus combats tout le temps recommencés pour refaire surface. A chaque fois une subtile blessure de son image, toujours un peu plus profonde et insidieuse, mais encore la renaissance, après, sans se résigner, avec un nouveau visage à la face du monde.
Soigneusement sapé, la cravate en soie assortie à la couleur de ses yeux, le costard gris de bonne facture, une nouvelle compagne à son bras et une nouvelle voiture clinquante au bout des doigts, j'imagine Fabio projeter l'apparence de son succès toujours remis à demain.
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JC-Milan
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lundi 9 juin 2008
Luis
C'est l'histoire de Luis. Luis était un collègue et est resté un ami. Installé à Paris depuis son Angola natal, en passant par la Nouvelle Zélande, le Suède et le Portugal, il menait une carrière sereinement isolée : Un passage malheureux chez la concurrence lui ayant coupé toute possibilité d'ascension - difficile de toute façon sans être français et politechnicien - il prenait son bonheur au jour le jour sur des projets intéressants. Généreux, il nous aura tous formés, dans son équipe, soit par ses grandes compétences techniques, soir par sa sagesse acquise.
Luis aimait par-dessus tout son épouse blonde du Nord. Avec elle, il partait en voiture pour de longues balades sur les côtes atlantiques.
Un souvenir de son pays, le lointain austral jamais revu, après la guerre, et le proche océan où son père devait mourir.
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JC-Milan
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dimanche 20 avril 2008
Anders le Viking
C'est l'histoire d'Anders. Anders était grand trois pommes et plein de rondeurs, sous sa calvitie précoce et sa barbe compensatoire. C'était l'ingénieur trentenaire qui, dans mon équipe de projet, s'occupait des process de déploiement réseaux. Parachutée à Oslo, je ne conaissais rien au pays ni au nouveau sujet qu'on m'imposait de façon cavalière. Anders fut donc une aide précieuse auprès de Arild et de Joern, nos collègues.
Anders était marié et avait un jeune enfant de moins de deux ans. Un jour sur deux, c'était lui, s'alternant à son épouse, qui sortait tôt le soir pour aller le chercher - à la crèche, à la piscine - m'introduisant ainsi à la belle parité nordique. Puis, une fois par semaine, il partait en compète : Armé d'une petite coque de noix à voile, il participait à des concours sportifs sur le fjoerd norvégien. Le week-end, enfin, il allait à la pêche. Rien n'était aussi bon, disait-il, que la chair d'un crabe fraichement sorti de l'eau.
Filet de pêcheur
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JC-Milan
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11:58
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